lundi 23 juillet 2007

Aider son prochain, donnez au suivant et autres beaux principes

En visite dans un joli village du Québec ce weekend, j'ai vécu quelque chose qui m'a un peu bouleversé.

Je prenais une marche au bord d'une belle rivière et je la vois, assise à une table à pique-nique, griffonant sur un papier. Les cheveux noir de jais, des piercings abondants, des tatouages aussi. Son vélo posé à côté d'elle, flambant neuf, un I-pod sur les oreilles. "Une artiste, me dis-je", certain qu'elle dessinait le superbe paysage qui s'offrait à mes yeux.

Je fais bondir quelques cailloux sur l'eau calme puis reviens sur mes pas. Probablement une heure plus tard, je sors des toilettes des locaux municipaux de l'endroit et m'accroche dans la poignée d'un vélo qui tombe par terre. Elle est là, tentant tant bien que mal de retenir son vélo de tomber, le combiné du téléphone public dans une main. Je m'excuse maladroitement, remettant le vélo sur sa béquille. Elle me foudroie du regard, pas un mot ne sort de sa bouche ornée d'un anneau. Hélant ma plus jeune, à la toilette également, j'entends celle que je nommerai "l'artiste" ronchonner au sujet du téléphone. Elle m'adresse enfin la parole, me désignant un dollar qu'elle tient dans sa main - T'as quatre trent'sous, l'appareil m'a pris les miens?
Je fouille mes poches et en ressort 2 pièces de 25 cents. À ce moment elle marmonne: C'est toujours quand t'as besoin d'aide que ça marche pas! Je lui refile les cinquante sous en disant: -Tiens, prends-les et garde ta piasse. Elle me remercie et enfonce une pièce dans l'appareil et je sors du bâtiment, rejoignant des gens avec qui j'étais venu, qui discutaient bruyamment dehors. Mes yeux lancent des regards en apparence distraits vers la porte vitrée où je la vois tenter de composer le numéro qu'elle cherche à joindre. Ayant probablement épuisé ses "trent'sous", elle pousse la porte violemment avec son pied, retenant son vélo d'une main et son sac de l'autre au moment même où quelqu'un tente d'entrer dans le bâtiment. L'artiste interpelle la nouvelle venue (probablement dans le but d'obtenir la monnaie de son dollar) et je vois la dame fouiller dans son porte-monnaie et en ressortir une carte d'appel. Trop curieux, je décide de feindre le besoin d'utiliser les toilettes pour voir ce qui se passe.
La nouvelle venue tente de composer le numéro que l'artiste lui donne, en maugréant que ça ne fonctionnne pas. La bonne samaritaine raccroche en disant: ça sonnait pourtant! au moment même où l'artiste s'apprête à nouveau à quitter les lieux, à grands coups de pied dans la porte.

Un miracle, le téléphone public sonne! L'artiste revient sur ses pas, un point d'interrogation dans le visage et décroche le combiné. Voici un peu la teneur de ce que j'ai entendu:
-Allô? Vous réussissez à rappeler des téléphones publics vous autres? C'est quoi ça cte ligne d'aide là qui répond pas quand on n'a besoin? Ça fait 20 minutes que j'veux parler à quelqu'un, j'capote. Ya heureusement du monde qui m'ont aidée ici parce que sinon j'crissais mon camp pis that's it!...

Elle m'aperçoit et s'interromp en disant: minute, ya quelqu'un... Je sors.

Je n'ai aucune idée de ce qu'elle a dit ou de ce qu'elle s'est fait dire. Aucune idée du besoin qu'elle avait, de sa détresse ou de son désespoir. Elle a été au téléphone durant une heure.

J'sais pas ce qu'elle dessinait ou écrivait sur son bout de papier. Qu'est-ce qui la tourmentait? Qu'est-il advenu d'elle? Je ne sais pas. J'ai aidé... un peu.. un tout petit peu.

J'espère qu'elle va bien.

1 commentaire:

Godiva a dit…

Merci! Pour elle....

Ayant déjà été mal prise, quand une personne te donne du change pour téléphoner, c'est comme s'il te sauvait...

Puis oui, les organismes comme Tel-Jeune ou Jeunesse J'écoute ont la capacité de retracer les appareils publics et peuvent y appeler.